Pardonner ou accepter : pourquoi la nuance libère et la confusion blesse
On vous a peut-être dit qu’il fallait pardonner pour avancer. Peut-être avez-vous essayé. Sincèrement. Et pourtant, certaines scènes reviennent. Certaines tensions aussi. Pourquoi le pardon ne suffit-il pas toujours à apaiser la rumination ? Que se passe-t-il dans le cerveau et dans le corps lorsqu’un souvenir reste chargé ? En quoi l’acceptation est-elle un processus psychologique précis, loin de la résignation ? Dans cet article, nous faisons le point, recherches scientifiques à l’appui, sur la différence entre pardon et acceptation, sur le fonctionnement de la mémoire émotionnelle et sur la façon dont l’hypnose thérapeutique peut aider à transformer ce qui reste actif en vous. La vraie question, au fond, est simple : ce souvenir influence-t-il encore votre vie aujourd’hui ?
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@adhypnosis
2/19/20267 min read
Il y a des blessures que l'on porte depuis des années. Proprement, silencieusement. On a « pardonné », soit-disant. Et pourtant, à 23 heures, quand tout se tait, quelque chose revient. Une contraction dans le ventre. Une scène qui se rejoue. Une voix. Comme si le dossier n'avait jamais vraiment été fermé. Ce n'est pas un signe de faiblesse. C'est un signal neurologique. Et comprendre la différence entre pardonner et accepter peut, littéralement, changer la chimie du corps.
Le pardon : une injonction trop souvent mal comprise
Pardonner est l'une des injonctions les plus répandues de notre répertoire émotionnel collectif. Elle traverse les familles, les cabinets de thérapie, les conversations bien intentionnées. « Tourne la page. Passe à autre chose. » Comme si la volonté suffisait. Comme si décider de ne plus souffrir équivalait à ne plus souffrir.
La littérature scientifique sur le sujet est pourtant d'une précision remarquable. Depuis les travaux fondateurs du Dr Robert Enright (Université du Wisconsin) et du Dr Everett Worthington (Virginia Commonwealth University), on sait que le pardon n'est pas un acte unique, mais un processus complexe : cognitif, émotionnel et neurobiologique. Et que ce processus se déroule à deux niveaux distincts qui n'ont pas du tout les mêmes effets.
Le pardon décisionnel consiste à choisir consciemment de renoncer à la rancœur, à ne plus chercher à se venger. C'est un acte de volonté, nécessaire, mais insuffisant. Le pardon émotionnel, lui, implique une transformation intérieure réelle : les émotions hostiles comme la colère, le mépris, la peur, sont progressivement remplacées par des émotions plus douces, voire empathiques.
« Emotional forgiveness […] affects motivations. People who are offended experience an injustice gap, the difference between the way they would prefer a transgression to be resolved and how they currently perceive it. » Worthington & Scherer, Psychology & Health, 2004
Traduction ? "Le pardon émotionnel […] agit sur les motivations. Les personnes qui ont été offensées ressentent un écart d’injustice, c’est-à-dire la différence entre la manière dont elles souhaiteraient qu’une transgression soit réparée et la manière dont elles la perçoivent actuellement."
Concrètement, cela signifie que quand quelqu’un vous blesse, il y a deux réalités : La réalité idéale ou comment vous voudriez que cela se termine (excuses claires, reconnaissance, réparation, changement) et la réalité actuelle : ce qui s’est réellement passé. Parfois rien, parfois un déni, parfois une minimisation.
L’« écart d’injustice » correspond à la distance entre ces deux réalités. Plus cet écart est grand, plus la tension intérieure est forte : colère, rumination, besoin de justice, fantasme de confrontation.
Le pardon émotionnel agit précisément là-dessus : il réduit cet écart. Non pas en réécrivant les faits.
Mais en modifiant vos motivations internes : moins de désir de revanche, moins d’attente de réparation, moins de focalisation sur la dette (psychologique, émotionnelle, physique...)
Autrement dit, le pardon émotionnel ne change pas l’événement. Il change votre position face à l’écart entre ce que vous auriez voulu et ce qui est (finalement).
C’est cet écart, plus que l’événement lui-même, qui entretient la tempête intérieure. Ce point est très fin, mais essentiel en accompagnement thérapeutique.
Ceux dont le corps continue à réagir alors que la décision morale de pardonner a été prise, ont réduit le gap décisionnel, sans toucher au gap émotionnel. Le dossier est formellement classé. Mais il continue de s'ouvrir.
La mémoire n'oublie pas, elle se reconsolide
C'est ce que révèle la neuroscience ! Pour comprendre pourquoi le pardon seul ne suffit pas, il faut descendre dans la neurologie de la mémoire. Depuis les années 2000, les neuroscientifiques ont fait une découverte capitale : les souvenirs anciens, lorsqu'ils sont réactivés, redeviennent temporairement instables. Ils peuvent être modifiés avant d'être « reconsolidés », c'est-à-dire ré-enregistrés dans le cerveau.
Ce phénomène de reconsolidation mémorielle, explique pourquoi une scène vieille de dix ans peut déclencher aujourd'hui la même réponse physiologique qu'au moment où elle s'est produite : accélération cardiaque, tension musculaire, brouillard cognitif. La mémoire n'a pas été « traitée ». Elle a été stockée avec toute sa charge émotionnelle intacte.
« Les vieilles mémoires deviennent instables et susceptibles de changer lorsqu'elles sont réactivées. Il est possible de réduire les émotions associées à un souvenir au moment de la reconsolidation» . Suzuki et al., 2004
Dans ses travaux fondateurs dans les années 90 (Cf. article original de 1994 dans la Harvard Review of Psychiatry, "The Body Keeps the Score: Memory and the Evolving Psychobiology of Posttraumatic Stress"), le psychiatre Bessel van der Kolk, a montré que les mémoires traumatiques sont stockées dans l'amygdale, le centre de traitement de la peur, et non dans les zones corticales qui gèrent la narration consciente. Autrement dit : on peut parler d'un événement pendant des années sans que le corps en soit affecté. Et inversement, le corps peut en être profondément marqué sans que l'esprit conscient comprenne pourquoi.
C'est ce que traduit, en langage courant, la notion de « trace émotionnelle encore active » : une mémoire qui n'a pas terminé sa reconsolidation, et qui continue de déclencher des réponses de survie dans des situations qui, objectivement, ne sont plus dangereuses.
L'acceptation : un mouvement neurologique, pas moral
C'est ici que la distinction entre pardon et acceptation prend toute sa profondeur thérapeutique. L'acceptation, au sens où la psychologie contemporaine l'entend, notamment dans le cadre de l'ACT (Acceptance and Commitment Therapy), développée par le psychologue Steven C. Hayes depuis les années 1980, n'est pas une résignation passive.
Elle est, au contraire, un acte actif de reconnaissance : ce qui s'est passé s'est passé. Ça ne peut pas être effacé. Et lutter contre cette réalité, chercher à « réécrire l'avant », ruminer pour trouver ce qu'on aurait pu faire différemment, n'est pas une forme de guérison. C'est de l'évitement expérientiel.
« Le but de l'ACT n'est pas l'élimination ou la suppression des expériences douloureuses. Il s'agit d'aider les individus à s'adapter de manière productive à ces défis en développant une plus grande flexibilité psychologique». PMC, National Library of Medicine, 2017
L'ACT distingue ce qu'elle appelle la « douleur propre » (clean pain) de la « douleur sale » (dirty pain). La première est inévitable : la tristesse d'une trahison, la déception d'une rupture. La seconde est générée par notre lutte contre la première : la honte d'avoir encore mal, la colère contre soi-même de ne pas « avancer », l'anxiété à propos de l'anxiété. C'est ce mécanisme qui entretient les traces émotionnelles longtemps après que l'événement s'est produit.
Accepter, c'est donc, dans un sens très précis, cesser de consommer de l'énergie psychique à lutter contre ce qui est déjà arrivé. Le cerveau sort de son état d'alerte. Le système nerveux autonome peut se réguler. L'événement peut enfin être « traité ».
Ce que l'hypnose fait là où la volonté ne peut pas aller
L'hypnose thérapeutique intervient dans cet espace très précis : entre le souvenir et la réponse émotionnelle qu'il déclenche. Non pas pour effacer, mais pour modifier la charge associée à la mémoire au moment de sa réactivation, c'est-à-dire exactement au moment où la reconsolidation est possible.
Des recherches publiées dans la littérature scientifique montrent que l'hypnose, tout comme l'EMDR, agirait précisément sur ce mécanisme. Une brève réactivation du souvenir, suffisamment présente pour être accessible, mais suffisamment contenante pour ne pas être submersive, permet de modifier l'empreinte émotionnelle avant que la mémoire ne se reconsolide.
« Une brève exposition combinée à une intervention thérapeutique, hypnose ou EMDR, offrirait des résultats plus durables qu'une exposition prolongée. » Suzuki et al., Journal of Neuroscience, 2004
Il ne s'agit donc pas de minimiser ce qui s'est passé. Il ne s'agit pas de pardonner. Il s'agit de faire en sorte que ce souvenir cesse de commander le système nerveux, de décider ce que vous ressentez, ce que vous évitez, ce que vous tolérez.
La vraie question : qui commande encore ?
Il existe un indicateur simple, mais souvent douloureux, pour savoir si une trace émotionnelle est encore active. Pas ce que vous pensez de l'événement. Pas si vous estimez avoir « fait le deuil ». Mais ce que ce souvenir continue de piloter à bas bruit :
Décide-t-il encore de ce que vous ressentez dans certaines situations ? De ce que vous évitez ? Des limites que vous n'osez plus poser ? Des relations dans lesquelles vous vous effacez ?
Si la réponse est oui, le dossier est ouvert. Peu importe le nombre d'années écoulées. Peu importe les thérapies déjà tentées. La trace est encore là, inscrite dans le système nerveux, pas dans le jugement moral.
A cabinet d'hypnose thérapeutique de Pornic, Ad hypnosis, c'est sur elle qu'on va travailler. En douceur mais avec précision, sans avoir à vous faire revivre inutilement les événements douloureux.
En résumé : ce que dit la science
Le pardon décisionnel et le pardon émotionnel sont deux processus distincts (Worthington & Scherer, 2004). Vouloir pardonner ne suffit pas à transformer l'empreinte émotionnelle.
La mémoire traumatique est stockée dans l'amygdale (Van der Kolk) et peut continuer à déclencher des réponses de survie des années après l'événement.
L'acceptation, au sens de l'ACT (Hayes, années 1980 ; PMC, 2017), est une forme active de flexibilité psychologique, non pas la résignation, mais plutôt la cessation de la lutte contre la réalité.
La reconsolidation mémorielle (Suzuki et al., 2004) ouvre une fenêtre thérapeutique : au moment de la réactivation du souvenir, il est possible de modifier sa charge émotionnelle; c'est le mécanisme sur lequel agit l'hypnose thérapeutique.
L'hypnose et l'EMDR peuvent être complémentaires (Harford, 2010) dans ce type de cas


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